Cyberharcèlement: Aider les parents

ESET a demandé à Samuel Comblez, directeur des opérations au sein de l'association e-enfance, de nous donner son sentiment sur le rôle des parents face au risque de cyber-harcèlement sur leurs enfants. Il insiste sur le rôle de ces derniers, ainsi que sur les aides possibles.

ESET a demandé à Samuel Comblez, directeur des opérations au sein de l’association e-enfance, de nous donner son sentiment sur le rôle des parents face au risque de cyber-harcèlement sur leurs enfants. Il insiste sur le rôle de ces derniers, ainsi que sur les aides possibles.

Dans quelle mesure les réseaux sociaux isolent-ils les jeunes et radicalisent-ils leurs relations adolescentes?

S. Comblez : Les jeunes peuvent se sentir seuls alors qu’ils sont entourés par leurs amis, des camarades de classe ou des parents bienveillants. Cette sensation est d’autant plus forte en période de confinement. Leur sentiment de solitude est bien souvent le résultat d’une difficulté à se lier aux autres et non le fait d’un réel isolement physique. Quand les jeunes utilisent les réseaux sociaux avec leurs amis dans le prolongement de leur vie réelle, leur impression de solitude aura tendance à diminuer. A l’inverse, ce sentiment s’exacerbe si la sphère numérique remplace des interactions sociales inexistantes par ailleurs. Quand les jeunes se sentent seuls, ils cherchent à éviter le rejet de leurs pairs. Ils sont aussi plus sensibles aux comportements négatifs. « Protégés » derrière leur écran et galvanisés par le groupe, ils ont parfois une attitude en ligne qui peut devenir violente. C’est une façon d’exister. La colère provoque une surdité affective dont le jeune peine souvent à se défaire.

Internet devient alors une bulle dans laquelle le jeune en souffrance cherche à se réfugier en réponse à une insécurité ressentie, une faible estime de soi et une incapacité à aller vers l’autre. Les réseaux sociaux peuvent donner l’illusion d’aller mieux par l’interaction qu’ils procurent : en réalité ils augmentent le mal-être en ostracisant celui ou celle qui aurait besoin d’aller vers l’autre au lieu de s’isoler. Développer le lien social, apprendre à lutter contre l’ennui, réinstaurer les conditions du vivre ensemble, inculquer les valeurs de la République sont autant d’atouts pour une vie numérique épanouie.

Quels seraient les 2 ou 3 recommandations que vous feriez aux parents qui souhaitent agir sur leurs enfants?

S. Comblez : Les enfants sont de plus en plus jeunes à utiliser les outils numériques. L’entrée au collège est souvent le moment choisi par les familles pour offrir le premier téléphone portable. Bien souvent, ce «  cadeau » n’est pas accompagné de consignes, de règles de bonne conduite et de prudence qui s’appliquent aussi en ligne. Gérer ses relations sur Internet est parfois complexe et mérite un apprentissage. Même sans être expert du numérique, tout parent peut expliquer à son enfant de quelle manière il doit s’exprimer sur les réseaux sociaux, quelles données personnelles il peut transmettre, quelle attitude il doit adopter en cas de mauvaise rencontre. Le parent a aussi beaucoup à apprendre de la pratique de son enfant. Découvrir ses codes et ses usages sera l’occasion d’échanger avec lui pour lui montrer que l’espace numérique n’est pas un monde clos et hermétique qui lui est réservé. C’est au contraire un univers partagé où le parent a aussi sa place. S’intéresser régulièrement à la vie numérique de son enfant et se positionner en tant qu’adulte permet de rappeler aux jeunes les règles de bon sens, les principes de précaution, de respect de soi et des autres; autant de règles qui permettent in fine à l’enfant de ne pas être auteur de cyber-harcèlement.

Mais la prévention ne suffit pas toujours et certains pièges peuvent être difficiles à identifier. Quand la situation dérape, il est important que les jeunes sachent comment réagir. Là encore, un apprentissage s’impose. Quand on se sent harcelé, la victime cherche souvent à se défendre et à faire entendre raison au harceleur alors que le premier réflexe doit être de cesser tout contact pour éviter que l’anxiété de la victime attisent l’envie du harceleur de poursuivre ses méfaits. Il est aussi important de réunir des preuves pour défendre ses droits avec des captures d’écrans des messages reçus. Il faut déposer plainte et faire un signalement auprès du réseau social ou du site Internet concerné. Enfin bloquer l’auteur et l’empêcher de nuire permettra au jeune de retrouver la sérénité dont il a besoin pour continuer à se construire.

Il est essentiel de rappeler aux enfants que le cyberharcèlement est un délit puni par la loi. Le fait de ne pas signaler une situation dont on serait témoin peut représenter une forme de complicité, a minima, c’est-à-dire un cas de non-assistance à personne en danger. Briser la loi du silence et mettre des mots sur les situations de cyber-harcèlement pour alerter les adultes de confiance sont des réflexes nécessaires à une vie numérique protégée.

Où les parents peuvent-ils trouver de l’aide en cas de risque de cyber-harcèlement?

S. Comblez : Les usages numériques des jeunes évoluent vite et au rythme des nouveaux dangers. Il est parfois difficile de savoir comment agir en tant que parents et où trouver l’aide dont on a besoin. Un numéro national, le 3018, existe pour accompagner les parents dans leur rôle d’éducation sur tous les sujets liés aux usages numériques des jeunes et les dangers potentiels : le cyber-harcèlement, le revenge porn, le chantage à la webcam, la surexposition aux écrans, les jeux vidéo, l’exposition à des contenus violents et pornographiques, le contrôle parental, le paramétrage de compte sur les réseaux sociaux, le piratage de compte ou encore l’usurpation d’identité.

Partenaire officiel du ministère de l’Education nationale dans la lutte contre le cyber-harcèlement entre élèves depuis 2011, l’équipe du 3018 est composée de psychologues, juristes et spécialistes des outils numériques, formés à la protection des mineurs sur Internet.

Le 3018 est à même de prendre en charge les jeunes victimes de violences numériques et leurs parents. Tiers de confiance auprès des réseaux sociaux, il agit immédiatement pour signaler et faire supprimer des contenus illégaux en quelques heures. Le 3018 peut aussi accompagner la victime dans ses démarches auprès des autorités compétentes et l’orienter vers les services spécialisés. Outre ses signalements prioritaires auprès des services de Police et de Gendarmerie spécialisés de la plateforme Pharos – internet-signalement.gouv.fr, le 3018 est conventionné avec le 119-Enfance en danger pour un transfert direct prioritaire des appels. En cas de dépôt de plainte, le 3018 met à disposition de la victime et sa famille les informations et documents nécessaires pour faciliter la démarche en gendarmerie ou commissariat. Gratuit, anonyme et confidentiel, le 3018 est accessible par téléphone 6 jours sur 7 de 9 heures à 20 heures sur 3018.fr par Tchat en direct, via Messenger et WhatsApp.

CYBER-HARCÈLEMENT : LA NÉCESSAIRE ÉDUCATION DES PARENTS

Particulièrement exposés au cyber-harcèlement, nos enfants se révèlent assez démunis face au cyber-harcèlement, et plus largement face à la violence qui peut s’exercer sur les réseaux sociaux. Comment anticiper et prévenir? Sur ce point, le rôle des parents peut se révéler primordial. Explications.

Elément consubstantiel de notre époque, le cyber-harcèlement peut tuer, comme l’a montré au mois de mars dernier le cas malheureux de la jeune Alisha. En cause, la croissance exponentielle du cyberespace, territoire virtuel au sein duquel peut s’exercer une violence hélas bien réelle. Comment lutter face à ce phénomène et, surtout, comment épargner ces types de violences aux enfants et adolescents? Sur ce point, les parents ont un rôle à jouer. Dans le même temps, certaines techniques peuvent être mobilisées.

Le rôle actif des parents

Parents, n’oubliez tout d’abord jamais une chose : la violence fait partie de l’écosystème au sein duquel se développe toute jeunesse et nécessite un encadrement. « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire leurs enfants (…), alors c’est là, en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie », indiquait déjà Platon dans La République. Vos enfants se lancent sur les réseaux sociaux? Parlez-leur afin de leur faire toucher du doigt certaines réalités. Expliquez-leur par exemple que toute prise de parole sur les réseaux, quels qu’ils soient, est susceptible de laisser une empreinte durable qui se répercutera sur eux à l’avenir. Soyez concret en leur demandant de se projeter vers le moment où ils choisiront un établissement secondaire, un stage en entreprise, voire un premier job. Il n’est pas rare que les organisations réalisent des recherches sur le Net afin de mieux connaître la personnalité du candidat qui se présente à eux. Là encore, informez vos enfants de l’existence de ces pratiques qui n’ont plus de secret pour nos DRH.

Un appel au bon sens

Seconde recommandation : appelez-en au bon sens. Combien de fois un enfant entend-t-il qu’il ne faut pas engager la parole avec un inconnu dans la rue? Cet adage ancestral vaut bien sûr pour le cyber-espace. Les adolescents ont souvent la sensation d’être en sécurité parce qu’ils se trouvent derrière un écran. Qu’ils soient informés que celui-ci ne les protège pas mécaniquement des cyber-malveillances ou, pire, du cyber-harcèlement, que l’Etat définit comme le fait de tenir des propos ou d’avoir des comportements répétés ayant pour but ou effet une dégradation des conditions de vie de la victime. Obscénités, violences verbales, menaces : quiconque s’adresse à un enfant ou à un adolescent de cette manière franchit une ligne rouge qu’il s’agit de bien repérer. N’hésitez pas non plus à indiquer à votre progéniture que le harcèlement en ligne est puni quelle que soit la nature des échanges, publics ou privés. Là encore, ce n’est pas parce tout se passe par écran interposé que le cadre de la loi ne s’applique pas…

Une clé technique : les paramètres de sécurité

Au plan technique, il est important d’informer vos enfants de la nécessité qu’ils ont à consulter régulièrement leurs paramètres de sécurité. Bien que nés dans un monde connecté, nos adolescents semblent peu enclins à de telles pratiques – tout comme certains de leurs parents, du reste… Sur ce point, gardez à l’esprit que les médias sociaux mettent continuellement à jour leurs paramètres de confidentialité et de sécurité afin de répondre à l’attention grandissante du grand public et des gouvernements. La récente mise à jour des règles de confidentialité de WhatsApp est là pour nous rappeler que les données constituent un bien monnayable en permanence chassé par les entreprises à des fins de marketing viral…

Cela ne suffit pas? N’hésitez pas à aller jusqu’à superviser le contenu de vos enfants. C’est notamment possible sur TikTok, qui a lancé il y a quelques mois une fonction appelée « Family Planning » (pour « jumelage familial »). Cette nouvelle fonctionnalité permet au père ou à la mère d’agir depuis son propre appareil – ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Pour y accéder, il suffit de taper le mot « Moi » puis de cliquer sur les trois points qui mènent au menu « Paramètres et vie privé ». L’option du jumelage familial vous est alors proposée.

Vous le voyez, il existe bien des façons de protéger les enfants du cyber-harcèlement. Outre le contrôle, l’une des plus efficace est bien sûr celle qui joue la carte de la responsabilisation des jeunes eux-mêmes et de mobiliser la dimension ludique. Le changement régulier du mot de passe peut par exemple faire l’objet d’un exercice de créativité. Comment échapper à la date de naissance, à l’année en cours, au prénom ou à la suite de chiffres façon « 12345 »? Suscitez ici le jeu et l’inventivité de vos enfants pour qu’ils s’amusent tout en se protégeant. Vous aurez ainsi fait une grande partie du chemin.

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