En seulement trois ans, l’IA a profondément transformé la manière dont les collaborateurs réalisent leurs tâches quotidiennes. Aujourd’hui, la majorité des entreprises ont intégré des outils d’IA pour gagner en efficacité et en productivité. Cependant, comme toute innovation adoptée à grande échelle et à un rythme soutenu, l’IA attire également les cybercriminels, qui profitent volontiers des environnements insuffisamment supervisés.
Le “Panorama Cyber ESET 2026 : où en sont les entreprises ?” révèle que les PME intègrent largement les outils d’IA dans leurs environnements de travail et sont conscientes des risques de cybersécurité qui en découlent. Pourtant, malgré cette prise de conscience, de nombreuses organisations ne disposent toujours pas de politiques distinctes encadrant l’usage de l’IA et reconnaissent avoir des difficultés à suivre l’évolution rapide des cybermenaces.
Les outils d’IA : de nouveaux vecteurs de risque
Les outils et agents d’IA peuvent devenir de véritables « collaborateurs numériques » au sein de l’entreprise. Toutefois, tout comme les employés, ils peuvent être manipulés par des attaquants ou voir leurs privilèges détournés à des fins malveillantes. Voici quelques-uns des principaux risques liés à leur intégration :
- Des agents d’IA mal configurés peuvent accéder à des données sensibles, les déplacer, déclencher des workflows automatisés ou exécuter des opérations cloud à privilèges élevés.
- De nombreux agents d’IA contournent certains contrôles de sécurité, tels que l’authentification multifacteur (MFA), et fonctionnent en continu 24h/24 et 7j/7, ce qui en fait des cibles particulièrement attractives pour les cybercriminels.
- Les attaques par injection de prompts (prompt injection) peuvent transformer un agent d’IA en menace interne involontaire, l’amenant par exemple à exfiltrer des données sensibles de son organisation.
- Le Shadow AI : lorsque les collaborateurs utilisent des outils type ChatGPT sans validation ou gouvernance de l’entreprise, ils exposent potentiellement des données sensibles, augmentent les risques de non-conformité et peuvent entraîner des dommages liés à la réputation, faute de visibilité sur les traitements et le stockage des données partagées.
Ces risques ne sont plus théoriques : les outils d’IA sont désormais des cibles à forte valeur pour les attaquants. Le rapport IBM Cost of a Data Breach 2025, basé sur l’analyse de 600 organisations ayant subi une violation de données entre mars 2024 et février 2025, révèle que 13 % des entreprises concernées ont déclaré un incident impliquant leurs modèles ou applications d’IA. Parmi elles, 97 % ne disposaient pas de contrôles d’accès adaptés à leurs environnements IA.
La majorité de ces incidents trouvent leur origine dans la chaîne d’approvisionnement de l’IA (AI supply chain), via des applications, API ou plug-ins compromis. Les conséquences observées incluent notamment des compromissions de données à grande échelle (60 %) ainsi que des perturbations opérationnelles significatives (31 %).
Des cas concrets de détournement d’outils d’IA
Récemment, les chercheurs d’ESET ont publié un article documentant des attaques liées à l’IA exploitant des agentic skills : des ensembles d’instructions, de scripts et de ressources de référence pouvant remplacer une série complexe de prompts, simplifiant ainsi le travail avec les agents d’IA. Ces skills (modules fonctionnels pour agents IA) sont souvent disponibles gratuitement et publiquement, ce qui représente un risque pour les utilisateurs avertis cherchant à améliorer leurs workflows.
Par exemple, les chercheurs d’ESET ont identifié un skill de prévisions météorologiques permettant à un agent d’IA d’interroger un service gratuit tel qu’Open-Meteo. Cependant, celui-ci fonctionnait secrètement comme un infostealer, collectant des informations sensibles telles que des jetons de session et des clés API, avant d’exfiltrer ces données vers un serveur contrôlé par un attaquant.
Des milliers de skills de ce type sont ajoutées quotidiennement. À ce jour, ESET a analysé plus de 800 000 skills, dont environ 25 000 ont été considérés comme suspects ; plus de 3 000 ont été bloqués pour comportement clairement malveillant.
Voici ce qu’ESET a identifié dans les skills analysés :
- Chevaux de Troie (Trojans) : des logiciels malveillants se faisant passer pour des applications légitimes afin d’inciter les utilisateurs à les installer. Ils permettent ensuite aux attaquants d’obtenir un accès non autorisé ou d’exécuter des actions malveillantes.
- Téléchargeurs malveillants (Downloaders) : des programmes conçus pour télécharger et installer discrètement d’autres malwares sur un système compromis.
- Portes dérobées (Backdoors) : des mécanismes cachés permettant de contourner les méthodes d’authentification habituelles afin de prendre le contrôle d’un système à distance, à l’insu de l’utilisateur.
- Logiciels espions (Spyware) : des programmes qui collectent discrètement des informations sur les activités d’un utilisateur et les transmettent à un tiers.
- Enregistreurs de frappe (Keyloggers) : des logiciels ou dispositifs capables de capturer les frappes clavier afin de dérober des informations sensibles, telles que des mots de passe ou des données de carte bancaire.
- Cryptomineurs (Cryptominers) : des malwares qui détournent les ressources d’un système pour miner des cryptomonnaies sans le consentement de l’utilisateur.
- Techniques d’ingénierie sociale et de phishing/hameçonnage : des méthodes de manipulation visant à inciter les individus à divulguer des informations confidentielles ou à effectuer des actions à risque, souvent via de faux messages ou sites web.
Certaines PME continuent d’ignorer les risques liés à l’utilisation de l’IA, à leurs risques et périls.
Selon le “Panorama Cyber ESET 2026 : où en sont les entreprises ?”, 73 % des entreprises interrogées intègrent des outils d’IA dans leurs activités, tandis que 70 % reconnaissent que cette adoption s’accompagne de nouveaux risques.
Du côté de la France, les entreprises confrontées aux cyberincidents renforcent davantage leur gouvernance de l’IA. Si près de deux tiers des entreprises françaises ont instauré des règles encadrant l'usage de l'IA, cette proportion atteint plus de 80 % parmi les organisations ayant subi plusieurs incidents de cybersécurité. À l'inverse, une entreprise sur deux n'ayant jamais connu d'incident ne dispose toujours pas de politique dédiée, illustrant un décalage entre l'adoption de l'IA et sa gouvernance.
Les PME françaises voient dans l’IA un levier de cybersécurité avant tout orienté vers l’anticipation et la détection des menaces.
Les entreprises françaises perçoivent principalement l’IA comme un outil permettant d’anticiper les menaces avant qu’elles ne se concrétisent : 55 % des répondants classent cet usage parmi leurs deux principales attentes (33 % en première position). Les bénéfices les plus attendus concernent également l’identification et la neutralisation plus rapides des attaques ainsi que la détection des attaques par ingénierie sociale, deux cas d’usage jugés prioritaires par près de 40 % des répondants.
À l’inverse, les usages liés à l’automatisation des audits et du reporting ou à la réduction des interventions manuelles lors des attaques suscitent moins d’adhésion, illustrant une préférence pour une IA qui assiste les équipes de sécurité plutôt qu’elle ne remplace l’expertise humaine.
Les pays les plus avancés dans l'adoption de l'IA encadrent davantage son utilisation.
De manière générale, les pays où les taux d’intégration et d’utilisation de l’IA sont plus élevés mettent également mieux en œuvre les politiques d’IA. La France se distingue par une approche relativement proactive de la gouvernance de l’IA : 62 % des entreprises déclarent avoir mis en place des politiques visant à restreindre l’utilisation d’applications d’IA non approuvées, un niveau supérieur à la moyenne mondiale (60 %). Ce résultat traduit une prise de conscience des enjeux de sécurité et de conformité liés à l’IA, même si une part importante des organisations (38 %) n’a pas encore formalisé de telles mesures.
Outils d’IA : comment les utiliser en toute sécurité ?
À ce stade, il convient de rappeler les principes fondamentaux d’une utilisation sécurisée des outils d’IA (en particulier pour les entreprises qui n’interdisent toujours pas le Shadow AI). (Pour rappel, le Shadow AI se définit comme l’utilisation, par des employés ou des départements, d'outils et d'applications d'intelligence artificielle sans l'approbation ou la supervision du service informatique de l'organisation.)
- Protégez les données sensibles : évitez de saisir des informations confidentielles (données clients, informations financières, secrets commerciaux) dans des outils d’IA publics. Utilisez des outils prenant en charge le chiffrement des données, les contrôles d’accès et les options de résidence des données. Privilégiez les solutions d’IA de niveau entreprise disposant de politiques claires en matière d’utilisation des données.
- Définissez des politiques d’utilisation claires : établissez des directives internes à destination des collaborateurs précisant quels outils d’IA sont autorisés, quelles données peuvent ou non être partagées, ainsi que les cas d’usage acceptables. Formez régulièrement les équipes afin d’éviter les utilisations inappropriées involontaires.
- Vérifiez les résultats générés par l’IA : l’IA commet des erreurs, et elles sont nombreuses. Par exemple, une étude menée par l’Union européenne de radio-télévision (UER/EBU) et la BBC en octobre 2025 a montré que les assistants IA déformaient le contenu de l’actualité dans 45 % des cas. Vérifiez systématiquement les informations générées.
- Contrôlez les accès et les autorisations : limitez l’accès aux outils d’IA en fonction du rôle de chaque collaborateur (principe du moindre privilège), utilisez l’authentification multifacteur (MFA) et examinez régulièrement les droits d’accès.
- Choisissez des éditeurs conformes et de confiance : sélectionnez des éditeurs d’IA conformes à des standards tels que le RGPD, l’ISO 27001 ou le SOC 2. Examinez leurs politiques relatives au stockage des données, à leur conservation et à l’entraînement des modèles.
Gardez une longueur d’avance sur les menaces avec ESET
ESET est depuis longtemps un pionnier dans le domaine de l’intelligence artificielle, en adoptant les technologies émergentes de l’IA bien avant qu’elles ne soient largement répandues à l’échelle mondiale.
Une expertise historique
L’histoire de l’IA auprès d’ESET a commencé dès 1997 avec les premières implémentations visant à améliorer la détection des macrovirus. Ces travaux ont permis de tester et de démontrer que les algorithmes de machine learning pouvaient renforcer la protection offerte aux clients.
Récemment, nous avons lancé ESET AI Skills Checker, une solution qui analyse le comportement des skills utilisés par les agents d’IA. Cette fonctionnalité est intégrée aux solutions de sécurité des endpoints ESET ainsi qu’à sa plateforme XDR, et est également disponible gratuitement sous forme d’outil accessible au public.
En mai 2026, ESET a annoncé un investissement de 40 millions d’euros pour accélérer le développement de la cybersécurité alimentée par l’IA. Cet investissement vise notamment à renforcer les équipes de recherche et développement, à accélérer la création de modèles fondamentaux d’IA dédiés à la cybersécurité, à faire progresser une nouvelle génération de technologies SOC (Security Operations Center) pilotées par l’IA, ainsi qu’à développer une couche de protection destinée à sécuriser les échanges entre les utilisateurs, les agents d’IA, les applications métiers et les modèles d’IA.
« ESET est depuis longtemps à l’avant-garde de l’application de l’IA à la cybersécurité », déclare Juraj Jánošík, Vice-Président Intelligence Artificielle chez ESET. « Ce qui évolue aujourd’hui, c’est le rôle joué par l’IA. Les outils d’IA font désormais partie du quotidien des entreprises, les systèmes agentiques élargissent la surface d’attaque et les équipes de sécurité ont besoin de moyens plus rapides pour répondre aux menaces. Cet investissement nous permet d’agir sur l’ensemble du spectre : sécuriser l’usage de l’IA, développer des modèles d’IA dédiés à la cybersécurité et intégrer des capacités autonomes aux opérations de sécurité, tout en maintenant une supervision humaine. »
Progress.Protected
Avec l’adoption mondiale des outils d’IA, l’humanité (cybercriminels compris) est entrée dans une nouvelle ère. Les technologies d’IA seront de plus en plus intégrées aux systèmes d’entreprise, stimulant la productivité des collaborateurs tout en introduisant de nouveaux risques d’utilisation, à la fois abusive et dangereuse.
Pour tirer parti de ces technologies en toute sécurité, les PME doivent les adopter avec discernement, se sensibiliser aux menaces potentielles et protéger leurs données à l’aide de solutions avancées capables d’utiliser l’IA pour se défendre contre les menaces pilotées par l’IA.
CTA : Vous souhaitez approfondir cette lecture et en savoir plus sur l’état de la cybersécurité auprès des entreprises en France ? Téléchargez gratuitement le Panorama Cyber ESET 2026 : où en sont les entreprises ? Un état des lieux de la maturité cyber des organisations, vu par les RSSI et les décideurs cybersécurité en France.





