Quelqu’un vous envoie une capture d’écran montrant qu’un paiement a bien été effectué. Le logo, le montant, l’horodatage et le statut de la transaction semblent tous corrects. Pourtant, l’argent n’arrive jamais.

Ce qui fait aujourd’hui office de preuve peut être très différent de ce qui était considéré comme fiable il y a encore quelques années. Les captures d’écran, souvent utilisées comme moyen pratique de conserver une trace d’un paiement, d’un message ou d’une conversation en ligne, sont désormais difficiles à prendre pour argent comptant. Certes, elles ont toujours pu être manipulées, mais l’IA générative et d’autres outils facilement accessibles permettent aujourd’hui de créer des falsifications convaincantes encore plus rapidement et facilement. Virements bancaires, réservations, publications sur les réseaux sociaux ou conversations professionnelles : pratiquement tout peut désormais être fabriqué à la demande.

C’est une mauvaise nouvelle pour les consommateurs, déjà confrontés à une forte augmentation de la fraude numérique, mais aussi potentiellement pour les entreprises exposées à des risques financiers, réglementaires et réputationnels. À mesure que les preuves numériques deviennent plus faciles à falsifier, particuliers comme organisations doivent repenser ce qu’ils sont prêts à accepter comme preuve.

Pourquoi les captures d’écran ne constituent pas une preuve à elles seules

Une capture d’écran n’est, en définitive, qu’une image de ce qui est apparu sur un écran. Elle peut fournir un contexte utile, mais elle ne permet pas de déterminer de manière fiable qui l’a créée ni si la transaction ou la conversation sous-jacente est authentique. Elle peut avoir été recadrée, retouchée ou modifiée de différentes manières, voire entièrement créée de toutes pièces à l’aide de l’un des nombreux outils disponibles sur le marché. Autant de raisons qui en font une forme de preuve juridiquement peu solide. À elles seules, les captures d’écran ne peuvent pas être considérées comme aussi probantes que des documents originaux, des références de transaction, des journaux système ou des informations obtenues directement auprès du service concerné.

Cette distinction est importante, car les escrocs peuvent facilement utiliser des captures d’écran pour donner de la crédibilité à des affirmations inventées.

Des risques concrets pour les consommateurs

Si vous envoyez réellement une capture d’écran à une banque, un hôpital, une agence de voyages ou un autre prestataire pour servir de preuve dans le cadre d’un litige, vous risquez d’être déçu. Les entreprises sont devenues, à juste titre, méfiantes à l’égard de ce type de justificatif. Votre capture d’écran pourrait être immédiatement écartée en tant que preuve potentielle. À tout le moins, il pourra vous être demandé de fournir des éléments supplémentaires, ce qui risque de prolonger la procédure et de réduire vos chances d’obtenir une issue favorable.

Mais les captures d’écran peuvent aussi vous exposer à des risques plus malveillants. Faciles à créer et à partager, elles constituent un moyen particulièrement accessible pour les escrocs de tromper leurs victimes. En voici quelques exemples :

  • Vous vendez un article sur une marketplace en ligne type LeBonCoin ou Facebook MarketPlace. L’acheteur vous envoie une capture d’écran semblant confirmer qu’un virement a bien été effectué depuis une application de paiement ou de banque en ligne. Rassuré, vous expédiez l’article, avant de découvrir que la capture d’écran était falsifiée et que vous ne recevrez jamais votre argent.
  • Un acheteur vous envoie une capture d’écran indiquant que les fonds ne pourront être débloqués qu’après le paiement de frais supplémentaires, par exemple pour mettre votre compte à niveau. Tout est faux et l’escroc empochera simplement la somme versée.
  • Un "arnacoeur" d’une escroquerie sentimentale multiplie les excuses pour ne pas venir vous rencontrer et vous envoie des captures d’écran de réservations de vols qui sont ensuite mystérieusement annulés.
  • Les escrocs aux sentiments peuvent également utiliser des captures d’écran pour vous inciter à leur envoyer de l’argent, par exemple pour financer des soins hospitaliers d’urgence fictifs ou payer des frais de visa prétendument nécessaires pour venir vous rendre visite. Si vous exigez le remboursement de votre argent, ils peuvent aussi vous envoyer une fausse capture d’écran comme « preuve » que le remboursement a bien été effectué.
  • Vous faites partie d’un groupe WhatsApp consacré aux investissements en cryptomonnaies. De fausses captures d’écran sont partagées par des « membres » du groupe pour prouver que la valeur de leurs investissements s’envole. En réalité, ni ces personnes ni les comptes présentés n’existent.
  • Vous vous retrouvez sans le savoir sur un site e-commerce frauduleux, où de nombreuses images d’« avis clients » enthousiastes sont affichées pour vous convaincre de sa légitimité. En réalité, il n’en est rien.
  • Vous recevez un code de réinitialisation de mot de passe, puis un SMS, envoyé par quelqu’un se faisant passer pour un ami, vous demandant d’en faire une capture d’écran et de la lui envoyer. Cela permettra aux pirates d’accéder à votre compte.
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Cette capture d’écran est fausse – NB : pour les besoins de cet article en Français, nous avons pu traduire en quelques secondes ce faux, créé initialement en anglais, à l’aide d’un outil d’IA. Preuve qu’il est très facile de produire des visuels convaincants en peu de temps. Voir le faux “original” en anglais sur Reddit.

Les risques pour les entreprises

Du point de vue des entreprises, les équipes internes comme celles en contact avec les clients reçoivent souvent des captures d’écran présentées comme preuves. Un client peut, par exemple, fournir une « preuve » attestant qu’il a payé un produit ou un service sans jamais le recevoir. Ce type de situation peut considérablement augmenter les coûts liés aux rétrofacturations (chargebacks). Il mobilise également les collaborateurs chargés d’examiner les réclamations, entraînant des coûts opérationnels supplémentaires pour l’entreprise.

Les équipes internes et celles en contact avec les clients sont régulièrement confrontées à des captures d’écran utilisées comme justificatifs. Un client peut en présenter une comme « preuve » qu’il a réglé une commande, constaté un solde de compte incorrect ou obtenu la promesse d’un remboursement. Une image falsifiée peut ainsi servir à réclamer le remplacement d’un produit, un avoir ou un remboursement auquel la personne n’a en réalité pas droit.

Même lorsqu’elles échouent, ces tentatives mobilisent du temps et des ressources. Les équipes chargées du support, de la lutte contre la fraude et des paiements peuvent être amenées à examiner l’historique des comptes, les relevés de transactions et les informations de livraison avant de pouvoir déterminer ce qui s’est réellement passé.

Dans certains cas, les fausses captures d’écran peuvent avoir des conséquences encore plus graves. Un collaborateur peut recevoir la capture d’écran d’une prétendue validation émanant d’un cadre dirigeant et s’en servir pour justifier un paiement urgent ou la divulgation d’informations sensibles. Des conversations manipulées peuvent également être présentées dans le cadre de réclamations internes, de demandes de récupération de compte ou d’autres enquêtes. Si elles sont utilisées lors de l’intégration de nouveaux clients, elles peuvent aussi exposer les organisations opérant dans des secteurs fortement réglementés, comme les services financiers, à de sérieux risques juridiques.

Le problème de fond est que des collaborateurs peuvent prendre une décision irréversible sur la base d’informations qui n’ont jamais été vérifiées autrement qu’à travers l’image elle-même.

Quelles mesures devez-vous prendre maintenant ?

La technologie ne cesse d’évoluer. Vous et votre entreprise devez en faire autant. À mesure que les preuves numériques deviennent plus faciles à falsifier et que les escrocs y ont de plus en plus recours, particuliers comme entreprises doivent réagir. Les consommateurs, en particulier, doivent mieux appréhender les techniques de fraude reposant sur de fausses captures d’écran. Ils doivent également comprendre que s’ils tentent d’utiliser des captures d’écran comme preuves, celles-ci peuvent ne pas être acceptées par les organisations avec lesquelles ils interagissent.

Si vous achetez ou vendez sur une marketplace, ne vous fiez jamais à une capture d’écran certifiant qu’un produit a été expédié, qu’un paiement a été effectué ou pour étayer toute autre affirmation. Vérifiez directement les informations sur la marketplace, le service de paiement ou votre compte bancaire, en utilisant l’application ou le site web officiel plutôt qu’un lien fourni par l’autre partie. En cas de litige, vous pouvez bien sûr utiliser une capture d’écran comme élément complémentaire. Mais fournissez toujours des preuves fiables, telles que les références du paiement ou les e-mails originaux permettant d’étayer votre dossier.

Le même principe s’applique aux réservations, aux remboursements et aux factures. Une capture d’écran peut vous montrer ce que son expéditeur veut que vous voyiez, mais la confirmation doit provenir de l’organisation censée avoir émis le document. Contactez-la à l’aide d’un numéro de téléphone, d’une application ou d’un site web obtenu indépendamment.

Pour les entreprises, il est peut-être temps de revoir les processus et procédures de vérification. Plusieurs mesures peuvent être envisagées, selon le type de preuve requis :

  • Comparez les captures d’écran aux journaux du système source afin de vérifier quand le compte d’un utilisateur a effectué, ou tenté d’effectuer, une action spécifique.
  • Demandez aux utilisateurs internes ou aux clients externes de transmettre les e-mails originaux ou d’autres messages pouvant être vérifiés, plutôt que de simples captures d’écran.
  • Considérez les métadonnées et les outils automatisés d’analyse d’images comme des indices utiles à l’enquête, et non comme des preuves permettant d’établir avec certitude qu’une image est authentique ou falsifiée.
  • Améliorez l’intégration avec les systèmes tiers, notamment par le biais d’API, afin que votre organisation puisse obtenir directement des données financières et d’autres informations auprès de sources de référence.
  • Formez les équipes du support client et des ressources humaines à ces problématiques et veillez à ce qu’elles ne prennent jamais de décision irréversible, comme rembourser un client, sur la seule base d’une capture d’écran.
  • Présentez clairement vos politiques de vérification à vos clients afin de réduire le temps consacré au traitement des litiges.

Cela ne signifie pas pour autant que les captures d’écran sont inutiles. Elles restent un moyen pratique de montrer un message d’erreur, de conserver une trace de ce qui s’est affiché à l’écran ou de fournir un point de départ à une enquête.

Mais elles doivent être considérées comme des éléments complémentaires plutôt que comme une source d’information fiable à elles seules. Une capture d’écran convaincante peut vous indiquer où chercher. La confirmation, elle, doit provenir d’un système ou d’un canal sur lequel l’expéditeur n’a, lui, aucun contrôle.